Échange à propos du futur de la philanthropie entre Geneviève Lehoux, associée principale chez Moris et Pascal Jarry, CEO de Yapla.

Échange à propos du futur de la philanthropie entre Geneviève Lehoux, associée principale chez Moris et Pascal Jarry, CEO de Yapla.

Geneviève Lehoux est associée principale et architecte philanthropique chez Moris, une firme-conseil qui offre des services tout autant aux entreprises qu'aux OBNL et fondations. En tant que défricheuse en stratégies d’engagement social et en philanthropie, Geneviève a rencontré Pascal Jarry, CEO de Yapla, afin de nous livrer son expertise. 

Cette rencontre avait comme objectif d’apporter aux gestionnaires d’OBNL une réponse à une question essentielle en cette période si particulière : Quels sont les nouveaux défis des OBNL et comment les relever avec succès pour les années à venir? 

Pascal :  Bonjour Geneviève. Merci de venir partager ton expérience avec nous aujourd’hui. Geneviève, parle-moi de toi et de ton entreprise Moris. 

Geneviève : Pour me présenter, je dirais que je suis une « ancienne » artiste en arts visuels qui n'aimait pas créer en solo, qui a cofondé une entreprise pour créer du beau autrement, et ce, en mobilisant beaucoup de gens. Maman de deux jeunes enfants atypiques et merveilleux, je suis entêtée, passionnée, résiliente et j’adore prendre position en faveur de ce qui est juste et bon. C’est pourquoi je crée depuis plus de 15 ans des alliances stratégiques à impact social pour changer le visage de la philanthropie au Québec.
Je me distingue par mon grand désir de conscientiser les gens d’affaires à l’importance de contribuer et de redonner à la société. « Pick one cause, just one… » Pour qu’il y ait une réelle transformation sociale, nous devons être plusieurs à en être convaincus et à l’amorcer. 
 
Au départ, Moris, ce sont deux individus (2014) qui souhaitent profondément soutenir ce qu’ils considéraient comme beau et bon. Et c’est de là que provient notre slogan : Au profit du beau et du bon. 
Au cours des premières années, nous avons constitué les bases d’une offre de services qui a permis, jusqu'ici, à des centaines d’organismes (OBNL et Fondations) localisés à la grandeur de la province de mieux se structurer. Nous avons aussi su gagner la confiance de nombreux donateurs et partenaires. Nous avons conclu des milliers d’alliances entre le milieu corporatif et le non lucratif.
 
Moris propose un nouveau modèle d’accompagnement des organismes et fondations dans la réalisation de leurs missions. Nous veillons à ce que les contributions communautaires et philanthropiques des entreprises privées soient structurantes pour la société.
 
Pour résumer, Moris, c’est une petite équipe de personnes passionnées, aux parcours atypiques, qui comprennent la réalité des OBNL et qui comprennent la réalité des gens d'affaires. 

Pascal : Comment ça se passe concrètement un accompagnement d’OBNL chez Moris, aurais-tu des exemples à nous donner ? 

Geneviève : Il nous arrive souvent d’être sollicités par des OBNL lorsqu’ils ont besoin d’un financement en urgence ou que, malheureusement, une subvention leur a été retirée. La survie de l’organisation est alors mise en jeu. Dans ce cas, concrètement, nous analysons la situation et nous identifions ce qui doit être mis en place avec cette contrainte temporelle. Nous devons aller vite pour trouver LA chose qui fera une différence et qui va pouvoir les aider rapidement et leur donner un levier pour passer à l’autre étape. 

Nous accompagnons les OBNL à plusieurs niveaux, que ce soit sur le plan des commandites que sur le plan de l’élaboration d’une stratégie de campagne de financement par exemple. 

Notre souhait, c’est de structurer, de développer, d’élever les compétences des gestionnaires des OBNL et des fondations et de leurs ressources en charge du développement partenarial et philanthropique. Pour ce faire, on leur donne des formations en marketing, on travaille la vision de la gouvernance, la gestion des risques, leurs habiletés en négociation, etc. 

Pascal : En résumé, vous donnez de la formation aux OBNL pour qu’ils atteignent leurs objectifs. Moris travaille aussi avec les entreprises. C’est intéressant, car je vois beaucoup d’avantages à tisser des liens plus forts entre le secteur privé et les OBNL au Québec.  Est-ce que tu peux nous expliquer ta vision sur le sujet ? 

Geneviève : Au Québec, d’une certaine façon, nous sommes un peu en retard sur le reste des provinces canadiennes et des États-Unis en matière de philanthropie. Évidemment, notre réalité est différente compte tenu de l’omniprésence étatique. Par contre, l’austérité de la dernière décennie a apporté son lot de questionnements ainsi qu’une urgence à trouver des solutions pour assurer la survie de nos organismes à but non lucratif. La pandémie a également creusé un fossé en ce sens – et nous n’en connaissons pas encore l’ampleur des répercussions. 
 
Dans cette optique, et toujours en adéquation avec les besoins perçus dans notre secteur d’activité, nous travaillons à trouver des avenues innovantes afin de stabiliser notre culture québécoise d’engagement et à aider les organismes à être autonomes et pérennes. Le milieu corporatif est une part importante de l’écosystème philanthropique et communautaire et souhaite maintenant constater davantage les retombées de ses contributions sur les organismes soutenus. Les entreprises privées comprennent tranquillement que de donner de l’argent, année après année, n’apporte pas nécessairement une aide « structurante » aux organismes bénéficiaires. Les organismes viennent même parfois à les tenir pour acquis sans se soucier des risques liés à une non-diversification des revenus.
 
C’est pourquoi nous avons revisité notre offre de services en 2020 – juste avant la pandémie. Depuis notre création, notre offre en stratégie de financement s’était adressée majoritairement aux organismes à but non lucratif et aux fondations. Notre compréhension du monde de la philanthropie québécoise a évolué, ce qui nous a amenés à reconsidérer notre approche initiale. Notre offre de services doit aussi être adressée à ces organisations privées : offrir une aide sur le terrain par l’intermédiaire de Moris plutôt que continuer indéfiniment le cercle des contributions en espèces sans retombées mesurables.
 
Pascal : Je comprends que vos clients sont des partenaires que vous accompagnez sur le long terme dans le but qu’ils développent les bons réflexes et qu’ils deviennent de meilleurs gestionnaires d’OBNL. 
 
Geneviève : C’est ce que l’on souhaite oui. Nous accompagnons certains OBNL depuis des années maintenant et c’est le “fun” de les voir progresser.
 
Cela dit, on vise aussi une autonomie des OBNL, on souhaite véritablement que nos clients et je préfère dire partenaires, volent de leurs propres ailes grâce aux outils que l’on met en place avec eux. 
Nous les aidons à développer des politiques internes de partenariat, des politiques d’octroi de dons, des outils qui permettent de mesurer leurs impacts, à monter des architectures de commandites, etc. L’objectif étant de devenir plus agiles, plus solides, plus crédibles face aux contributeurs.
 
Pascal : D’après toi, dans le cycle de vie d’un OBNL, de sa naissance à la pleine maturité, à quel moment Moris peut avoir le plus d’impact ? 
 
Geneviève : Nous n’avons pas le même niveau d’impact selon le cycle, je pense. Nous sommes intervenus à différents niveaux de maturité, dès la constitution d’un OBNL par exemple et puis, la question que nous nous posons à ce moment-là c’est : quel est le besoin auquel votre OBNL répond ? Comment vous distinguez-vous des autres OBNL qui font la même chose sur le territoire ? Ce sont des questions très importantes, car les contributeurs n’iront pas supporter le “non-besoin”. 
 
Pascal : Vous participez activement au plan d’affaires des OBNL finalement.
 
Geneviève : Effectivement, c’est une belle approche. Nous sommes autant là au début et puis malheureusement des fois à la fin, lorsque l’on nous sollicite trop tard. 
Pour résumer, je dirais que le meilleur moment pour nous appeler, c’est quand votre OBNL n’est pas rendu dans le rouge et que nous avons encore une certaine marge de manœuvre. L’élaboration d’une stratégie de financement ne doit pas s’effectuer en mode réactif. 
 
Pascal : Est-ce que le bon moment pour un OBNL c’est aussi lorsqu’il a des ambitions et qu’il souhaite aller plus loin, plus vite ? 
 
Geneviève : Absolument, c’est lorsqu’il y a de l’audace que les plus belles opportunités s’offrent à nos partenaires. Et puis nous, on adore être créatif, on aime jouer sur les opportunités, c’est vraiment le meilleur scénario possible pour un OBNL. 
 
Pascal : Au niveau des services offerts par Moris, je trouve très intéressant ce concept de financement par les entreprises qui offrent les services de Moris aux OBNL. Comment est-ce que ça fonctionne ? 
 
Geneviève : Il n’y a pas vraiment de formules types. Dans certains cas, ce sont des entreprises qui nous appellent et qui nous demandent de venir en aide et de former les OBNL bénéficiaires de leurs contributions. Ces entreprises qui souhaitent nous envoyer sur le terrain croient en eux, en leur mission, en leur cause et elles veulent leur donner tous les outils nécessaires pour pouvoir les élever. 
 
C’est aussi rassurant pour ces contributeurs de savoir que les gestionnaires qui sont dans l’OBNL ont les compétences pour gérer leurs contributions, ça amène une crédibilité aux OBNL, c’est certain.
 
Je crois qu’avec le contexte pandémique, les contributeurs ont pour plusieurs perdu de l’argent. Ils vont très probablement être encore plus vigilants face à la capacité des OBNL de gérer leurs contributions. 
  
C’est pourquoi j’appelle à la formation, au développement des compétences, à la diversification des sources de financements. J’appelle aussi à la fusion d’organismes qui offrent le même type de service pour partager leurs ressources et ainsi être plus forts ensemble. 
 
Pascal : D’après toi, qu’est-ce que cherchent les OBNL aujourd’hui en 2021 ? Où, encore plus intéressants, que devraient chercher à faire les OBNL dans les prochaines années ? 
 
Geneviève : Il y a plusieurs choses, mais avec ce contexte de pandémie, je dirais avant tout : soyez prêts. Je crois qu’il va y avoir de moins en moins de place sur le marché pour les OBNL. C’est pourquoi, actuellement, ce que les OBNL devraient rechercher c’est : 
Développer leurs compétences en profitant de cette période de flottement pour se doter de nouveaux outils, redéfinir leurs offres aux donateurs, leurs programmes de reconnaissance. C’est ce qui permettra à la fin d’avoir une vraie machine de joie (version plus sympathique de la machine de guerre) qui permettra d’être plus agile, de rendre des comptes plus rapidement.
 
Ne pas prendre pour acquis les contributions de ses donateurs et partenaires. Prendre soin d’eux. S’assurer qu’au-delà de leur satisfaction à contribuer à leur cause, ils atteignent soit leur Return on Investment (commandite) ou ils comprennent leur Social Return on Investment (don).
 
Diversifier leurs sources de financement : ne pas mettre tous leurs œufs dans le même panier. 
 
Pascal : Comme tu l'as mentionné, nous sommes en pleine pandémie depuis plus d’un an. Toi qui es sur le terrain, quelles sont les initiatives qui te semblent les plus intéressantes pour maintenir un bon niveau de leadership philanthropique?
 
Geneviève : Actuellement, en contexte de pandémie, je dirais que le plus important, je pense, c'est de poursuivre sa mission.
 
Pourquoi ? Quel impact cela aura-t-il aux yeux des contributeurs si l’OBNL n’opère pas pendant plusieurs mois ? On pourrait alors se demander si la mission de l’OBNL est vraiment essentielle. Je pense que la priorité est de préserver les liens avec sa communauté, trouver des avenues pour poursuivre sa mission grâce à des solutions technologiques, aux médias sociaux, à la créativité de chacun…
 
Je pense aussi que les OBNL ont intérêt à être sensibles et avoir conscience que les contributeurs ont subi une baisse de revenu. Les contributeurs vont être encore plus « regardants » sur la reddition de comptes, ils vont vouloir des mesurables, des retombées, des données qui font état de l’impact de leurs contributions. 
 
Un leadership philanthropique c’est aussi le fait d’être présent aussi auprès de ses contributeurs, d’appliquer une certaine éthique dans sa façon de collaborer avec ses partenaires.  L’OBNL peut venir à recommander ses partenaires dans son réseau, à utiliser leurs services et à les diffuser sur leurs plateformes par exemple. 
 
Pascal : Merci pour tout ce que tu nous partages, Geneviève, c’est vraiment inspirant. Pour conclure notre échange, on accompagne des milliers d’OBNL et d’associations chez Yapla, d’après toi, comment Moris peut aider nos utilisateurs ?
 
Geneviève : Je pense que Yapla a réussi à mettre sur pied une solide plateforme de paiement et de gestion pour OBNL. Elle permet une agilité, mais aussi une centralisation des actifs d’un organisme. Les actifs pour moi, c’est tout ce qui fait référence à l’historique, aux donateurs eux-mêmes, aux actions qui ont été faites avec le temps, etc.  
 
L’outil permet aussi la réalisation de collectes de fonds. Yapla c’est un ensemble de belles fonctionnalités de qualité. Tous les ingrédients y sont pour réaliser le meilleur repas 5 étoiles. Seulement, il faut encore savoir lire et manier l’outil (la recette). Je pense que c’est là que nous pouvons aider chez Moris. 
 
Pascal : C’est vrai ce que tu dis. Yapla est un logiciel qui permet d’aider les OBNL. 
Il y a tout ce qu’il faut pour recevoir des paiements, gérer ses données, faire du marketing, créer des sites web, organiser des campagnes de financement, envoyer des infolettres... On améliore Yapla sans cesse. Mais pour que ça fonctionne bien, c’est important d’avoir une réflexion en amont, d’établir un plan stratégique. 

 
Geneviève : Exactement. Quand je disais juste avant “soyez prêts”, ça peut passer par la mise en place de technologies comme celle de Yapla. Et je pense que nous pouvons être le prolongement de votre équipe pour garantir une intégration maximale de l’outil sur le terrain, pour analyser les données qui en ressortent et ainsi développer les meilleures stratégies qui généreront des retombées. 
 
Pascal : Un grand merci pour cet entretien riche en informations et en connaissances. 
 
Geneviève : Merci pour l’invitation et n’hésitez pas à venir nous rencontrer le 14 avril lors de notre prochain Webinaire “Dons et commandites | Connaître les limites pour éviter les ennuis !” en vous inscrivant ici .
 
Pour visiter le site web de Moris - https://www.moris.ca/ 

Retour

Nouveau chez Yapla ?

Bienvenue sur notre blog et merci de nous lire ! Nous sommes une plateforme de paiement et de gestion tout-en-un faite pour et par les associations. Notre objectif ? Simplifier votre gestion, vous faire gagner du temps pour vous permettre de vous concentrer sur ce qui compte vraiment ! Explorez nos outils pour votre association ou créez-vous un compte de test gratuit.

Je veux en savoir plus